Partager l'article ! FANTASTIQUE VOYAGE/ Tempête du siècle et marée noire de l'Erika...: ...
La plus formidable des tempêtes jamais connue fait rage sur notre pays et sur l'Europe. Elle commence fin décembre 1999 et s'amplifie début janvier 2000. C'est ainsi que chavire le tanker
"ERIKA" déversant ses tonnes de déchets de pétrôle sur la côte bretonne du Finistère sud et du Morbihan. Apprenant la nouvelle, malgré les problèmes de santé de Maurice et encore ignorante de ma
situation où les médecins se perdent en diagnostics érronés, nous décidons de nous rendre à Lorient pour aider à la sauvegarde des oiseaux mazoutés qui succombent par milliers. Pure folie, mais
le coeur et la passion nous mènent. La Bretagne nous est trop chère pour accepter ce nouveau drame sans réagir.
D'abord le silence effrayant et assourdissant de la forêt annonce le plus mauvais présage puis le rugissement du vent déferle par vagues angoissantes sur nous cloitrés dans la maison. Le
matin du départ le maire du village et ses adjoints tronçonne un arbre tombé la veille sur la route communale qui nous dessert. La tempête inoubliable qui a rugit la veille laisse des traces sur
les forêts de Douglas tombées pour la plupart à 80 %. Le paysage est ravagé. Des oiseaux marins emportés par la violence inouïe du vent sont retrouvés jusqu'à Roanne.
Lorsque nous parvenons sur la base navale de Lorient où la LPO a dressé son camp de sauvetage, nous sommes atterrés par la vision surréaliste qui se présente à nous. Des milliers d'oiseaux
marins sont convoyés jusqu'ici. Une longue chaîne humaine de bénévoles se passe les colis de mains et mains accueillis par les soigneurs d'urgence. Durant quelques semaines, nous allons apprendre
à soigner et connaître ces courageux volatiles. Dans l'urgence, ils sont déposés et soignés dans des cartons, où après des soins et trois gavages, ils retrouvent leur carton jusqu'au
lendemain. A la pesée ils perdent du poids chaque jour et nous retrouvons des morts chaque matin.Très vite, nous comprenons que ces oiseaux s'asphyxient dans les essences de ce magma
dégueulasse.
Le temps passe avec un quotidien chargé de huit heures du matin à
huit heures le soir. Dans un premier temps, nous acceptons de dormir dans une caserne désaffectée où nous remarquons que des oiseaux ont été déposés ici par les fientes qui envahissent les
locaux. Enfin, au bout de huit jours, on nous propose une place gratuite à l'hôtel offert par les hôteliers bretons. Les jeunes venus avant nous puis de nouveaux arrivants n'ont pas
hésité à choisir l'hôtel à la caserne.
Dans un formidable élan de solidarité, les bénévoles viennent pour un, deux ou huit jours selon leur disponibilité. Nous nous sommes libérés de nos obligations et nous pouvons demeurer sur
le site. Nous y resterons plus de deux mois où nous irons dans notre action jusqu'à épuisement de nos forces chaque jour, mais cela nous ressemble dans toutes les passions que nous avons
développées au cours de nos deux vies à présent réunies.
Au fil du temps, pour la plus grande majorité le personnel attaché aux soins d'urgence est parti. Nous y avons pris une place prépondérante. Nous avons su observer et apprendre très
vite, en suivant les gestes des plus compétents. Nous exerçons notamment des piqûres de vaccinations et le protocole de soins des précédents. Finalement nous restons les plus anciens
dans ce service et nous appliquons les soins tels que l'on nous les a appris et conseillés et y ajoutons le résultat de nos observations.
C'est ainsi que nous faisons dégonder toutes les portes du Centre pour en faire des enclos, des parcs en vues de libérer ces oiseaux, des guillemots, des pingouins tordas, des fous de Bassan, des
plongeons imbrins, des macreuses etc...Ils deviennent nos chou-choux, nos mascottes. Je nomme certains qui me touche profondément par leurs attitudes pour me souvenir d'eux et je remarque le
courage exceptionnel de ces animaux remarquables.
Nous leur faisons des inhalations car leur voies respiratoires sont brûlées. Leurs palmes déchiquetées par ce mazout gluant nous donnent sujet à de nombreuses inquiétudes. Nous y
pratiquons des emplâtres d'argile verte. Nous leur faisons absorber une homéopathie pour réduire le stress épouvantable qu'ils subissent. Nous découvrons l'intérêt évident à leur faire
ingurgiter des poissons entiers. Maurice invente un pieu sur lequel il tend un poisson pour éviter l'imprégnation humaine autant que faire se peut. Et depuis ce traitement, dans leurs parcs,
ils se mettent à glousser, à chanter, à renaître au sein de leur petite colonie et surtout à grossir à vue d'oeil. Deux bricoleurs, bretons inoubliables deviennent les menuisiers
patentés du Centre pour nous confectionner des parcs plus "design". Nous créons des fiches d'observation pour chaque oiseau et sa prise de poids journalière. Nous aimerions qu'ils retrouvent
l'eau. Nous pensons qu'il leur faudrait une piscine. Et ainsi, la première piscine est mise en service pour nos petits protégés. Il est à remarquer que nous sauvons un plongeon 'l'Empereur' si
difficile à récupérer et une macreuse 'Schtroumfette', beaucoup de guillemots et de pingouins tordas que nous aimons tant.
Jamais, je n'oublierai le cri de ce plongeon, comme une longue plainte, un long gémissement s'éternisant durant des heures.
Jamais je n'oublierai ce Fou de Bassan soigné dans un carton et le regard de celui tremblant dans son box.
Jamais je n'oublierai ce guillemot mourrant parmi les siens dans son parc.
Jamais je n'oublierai l'odeur malgré les masques lorsque nous devions comptés les cadavres récupérés sur la plage et l'odeur de tous ces oiseaux en salle de soins.
Jamais je n'oublierai l'appel anxieux de cet enfant pour que nous allions récupérer un oiseau sur les rochers en train de se noyer.
Jamais je n'oublierai cette vision d'horreur d'une mer soudain devenue noire charriant ce magma de mort.
Jamais je n'oublierai le chant de ces bénévoles en ciré jaune faisant une chaîne de seaux plein de mazout et ceux affectés en salle de lavage des oiseaux où la tâche est rude et ingrate.
Hélas, durant ces deux mois, nous constatons des anomalies humaines quant
aux soins des animaux sortis de notre service.
Maintenant que tout le monde a repris le travail et que les arrivages se calment enfin, des jeunes en recherche d'emploi s'amènent pour des cdd, mais pas avec les mêmes motivations. Ils
commencent par réclamer un syndicat, un repas normal etc...Bref, la situation est intenable devant des jeunes à instruire qui réclament tout et tout de suite et pensent avoir la science infuse.
Nous partons, non sans assister au relâchement des oiseaux soignés au Centre Ornithologique des Sept Iles.
Image inoubliable dans ce site à la beauté à vous couper le souffle !
Nous garderons pour toujours l'image de nos vaillants petits soldats, ces merveilleux oiseaux impétueux au si grand courage. Jamais nous ne pourrons les oublier.
Hélas, nous en avons retrouvés dans les ports en Espagne et à Douarnenez. Imprégnés des humains pour avoir été soignés par eux et parfois traités comme des animaux domestiques, ils viennent
flirter avec les hommes qui déjà ne comprennent pas qu'ils ne faut pas les caresser sous peine de leur ôter leur imperméabilité ce qui a pour conséquence de les noyer. Cela nous a rendu
bien tristes. Combien de ces oiseaux ont survécus...peu, si peu...(150 000 à 300 000 oiseaux marins ont été décimés).