Partager l'article ! FANTASTIQUE/ CARNETS DE VOYAGES/ LES SANGLOTS DU VENT, l'histoire d'une vie...suite...: Je ne relate, ici, que des extraits de cette biograph ...
Je ne relate, ici, que des extraits de cette
biographie...
Le précédent article ne représente qu'un infime morceau de vie, que de petites anecdotes sur un vécu long et tumultueux.
Avec Maurice les évènements se sont précipités comme si nous voulions mettre les bouchées doubles, où comme si nous présentions notre déclin, en tout cas, j'avais la prémonition de certains de
ces événements vécus.
Dans les années 1998-99 et 2000-2001, je tournais encore. Malgré nos épreuves Maurice m'a accompagné dans mes spectacles. Je me suis arrêtée à bout de fatigue et de plus en plus malade, mais sur
les plus belles notes qu'un conteur puissent recueillir. Il valait mieux cesser "en pleine gloire" que rester sur de mauvaises prestations pour cause de maladie.
Malade, je l'étais depuis ma naissance avec des symptômes inconnus et dont les médecins ne parvenaient pas à diagnostiquer. Mais, je ne voulais surtout pas m'écouter. En fait, j'étais dans le
déni de la maladie car j'avais eu mon compte de souffrance dans mon enfance et mon adolescence. Entre 7 et 9 ans, plus deux ans de rééducation, mes parents me portaient sur le lit, la chaise
longue, le pot, me donnaient à manger à la cuillère et m'élevaient dans un cocon où pourtant, je connu leur grande pauvreté et souffrais de les voir à la peine.
A 7 ans, paralysée durant deux ans et victime d'un rhumatisme cardiaque, j'étais hospitalisée six mois. Je devais y rester deux longues années mais ma mère enceinte d'un sixième enfant et prête à
accoucher ne pouvait plus venir me voir chaque jour. Elle signa une décharge pour ma sortie, résolue à me faire soigner à la maison où cinq autres tous petits avaient besoin de ses soins.
Quel gâchis alors que je lisais le journal couramment à cinq ans je devais faire le deuil de l'école durant des années. J'avais une soif avide d'apprendre et je manquais cruellement de
livres.
Je me souviens aussi être passée dans la mort...j'ai connu ce tunnel décrit par tant de personnes toutes ces dernières années, quand moi, je suis restée muette à ce sujet pendant tout ce temps.
J'ai vu ma pauvre maman pleurer sur ce lit où je me tenais immobile dans cette immense salle où tant d'enfants souffraient et mouraient aussi.
Je n'oublierai jamais les cris des enfants qui subissaient des ponctions lombaires, d'autres avec des esquarres, les chuchotements et les pleurs étouffés des grands quand un petit s'en allait
vers l'au-delà derrière un paravent, des rideaux tirés autour de son lit.
Mais, j'avais une forte nature et j'étais de bonne constitution. Les soeurs disaient à ma mère que je dormais comme un loir et mangeait comme un ogre. J'étais devenue boulotte à cette époque
mais sans doute cela me sauva-t-il.
Bref, après de longues années de douleur et de souffrance, je refusais tout de go d'être malade et je voulus sortir de ma chrysalide. C'est ce que je fis...
Pour en revenir au mois de septembre 2001, nous faisons nos bagages et nous voilà partis via...la Bretagne, envoûtés par la magie celtique et le Festival Interceltique de Lorient où
nous étions en août...à l'hôtel.
Cette fois, en camping-car, nous voyageons itinérant et repassons dans tous nos coins connus ce qui nous donne l'avantage de pouvoir nous attarder et flâner dans les lieux tant aimés. Nous
avons fait adapter notre véhicule pour la machine respiratoire nocturne de Maurice. Le 6 septembre nous sommes à Audierne. Maurice traîne à la pêche sur le port de Douarnenez.
Nous rentrons juste le temps de relever le courrier, de faire tourner une machine et repartons vers le sud. Nous explorons la côte du Roussillon que je ne reconnais plus depuis ma jeunesse, et
filons jusqu'à Cerbère, Banyuls à la frontière espagnole où je ne suis jamais venue. Nous revenons sur nos pas. Mais la côte est défigurée par les promoteurs de Béziers jusqu'à Sète. Déception,
circulez il n'y a plus rien à voir et en plus on ne supporte pas les camping-cars !
Nous arrivons au Grau du Roi où nous devons retrouvés un couple d' amis à qui
nous payons le séjour pour nous avoir aidés sur notre terrain (creusement de canalisations).
Une dizaine de jours de pêche où Maurice en difficulté de marcher achète deux minis vélos pour pouvoir se déplacer. Cela lui donne une idée géniale pour les vacances des
petits enfants mais difficile à réaliser pour les grand parents. Mais sa prothèse le gêne et il ne pédale qu'avec la pédale de gauche pour avancer, cela lui donne une drôle de
dégaine...enfin, les hommes se régalent à pêcher 12 plies, et soles, deux anguilles.
Le temps devient furieux sur Sommières et la région. Du coup, le Vidourle charrie des troncs d'arbres, des torrents de boue et tous les immondices du secteur ! Les pêcheurs en profitent pour
vidanger leurs cuves. Ils polluent allègrement tout le port. Cela pue le pétrole à plein nez et rend toute pêche impossible. Une tournée d'insectes fous nous dévorent. Nous achetons un grand
renfort de repousse-petites-bêtes-qui-piquent.
Finalement nous partons pour un petit tour sur la côte d'azur en pensant par Marseille, Istres, St Cyr les Lecques, Bandol, St Mandrier, Six Fours, Toulon que je ne reconnais plus depuis mon
enfance, et ainsi jusqu'à Nice. Mais nous nous ennuyons ici. Nous faisons un arrêt sur les plages du débarquement, Cavalière et Cavalaire. Puis nous retournons via Six Fours visiter une tante
pour le week-end, le temps d'aller chiner aux puces, d'un restau et d'une ballade en bateau sur les Iles d'Embiez. Nous rapportons une grande poupée de chiffon et des moulinets de pêche de
nos achats aux puces. Le temps de relever le courrier et nous prenons la poudre d'escampette.
(PHOTO : St Martin de Ré à marée basse)
Cette fois nous passons prendre Mélissa
et Naïli pour un séjour en vélo sur l'île de Ré (nous avons su plus tard que le vélo est interdit avec une prothèse). Naïli fête l'anniversaire d'un copain et en l'attendant, j'installe leur
linge dans les placards prévus à cet effet, et hop ! C'est parti !
Nous passons à la Rochelle puis nous traversons le pont et arrivons avec ravissement sur cette île destinée aux vélos. Nous avons beaucoup de chance, le temps est de la partie. Il fait encore
très beau. Le grand-père et la grand-mère, elle, qui n'a pas touché un vélo à part un mois dans sa vie (tous sports interdits), ressemblent à deux crapauds sur roulettes suivis de leurs
deux jeunes petits en vélos tous terrains (VTT). Nous roulons sur des pistes en pleine nature pour parvenir aux plages. C'est ainsi que nous parvenons au Phare de la Baleine où nous dégotons une
belle parka de pêcheur à prix modique (comme elle va nous être utile)!
Nous visitons St Martin de Ré que j'adore et les enfants sont heureux de manger
au resto après tous les pique-niques ingurgités en randonnée. Et puis, ils font une promenade à dos d'âne culottés. Ces huit jours passés ensemble se déroulent à la vitesse de l'éclair et nous
rentrons enthousiasmés par nos vacances malgré les fesses endolories, les monstreuses courbatures que je ressens durement et il faut bien le reconnaître nous sommes morts !
Reprendre le courrier, tourner une machine de linge et nous voici à nouveau sur les routes. ..Je trépigne d'impatience, je pleure de joie. Nous voici à nouveau dans le village de mon père,
merveille des merveilles : Hégenheim !
Nous prenons la route de Belfort à Bâle. Et ainsi, je reconnais violemment toutes les odeurs de mon enfance. Les maisons alsaciennes terriblement embellies ont fières allure, peintes en bleue,
rose, vert, jaune, citron, mauve, de toutes les nuances fortes ou fluos sur la panoplie des tons. Les colombages en sont tous regaillardis ! Et, puis les retrouvailles avec nos cousins et leurs
maisons toutes parées de mille et une fleurs de géraniums, de décors merveilleux, de couleurs et de petits coeurs, se déroulent joyeusement. Je visite "mon village" de fond en comble, je le
respire. Je vibre de bonheur. Nous passons en Suisse, en Allemagne, à Mulhouse pour acheter des caleçons à Maurice car il a froid sur sa prothèse. Merveilleuse parenthèse d'une Alsace si chère à
mon coeur.
Nous rentrons chez nous après ce séjour du 6 au 13 novembre. Maurice
doit recevoir un fauteuil roulant électrique aussi nous venons chercher le fauteuil roulant manuel dont il ne peut plus se servir pour le remonter chez les cousins. Nous avons eu le coeur crevé
de voir le grand-père hémiplégique se déplacer dans un fauteuil de bureau sur roulettes à l'intérieur de sa maison. Nous lui portons le 15 et 16 novembre. C'était un
déplacement pour rien. Le fauteuil est resté abandonné dans un coin, mais nous comprenons la difficulté pour le papi à le manoeuvrer.
De là, nous traversons la France en direction de la Vendée via St Brévin les Bains, traînons le long de la côte. Nous visitons le marais breton, et passons trois jours sur l'île de
Noirmoutiers, le temps de connaître ses marais salants, ses plages, ses ostréiculteurs.
Nous partons en direction de la Rochelle, Rochefort puis prenons le bac le soir pour traverser l'estuaire de la Gironde qui nous mène de Royan à Soullac sur la côte
basque.
Nous longeons la Baie d'Arcachon, descendons jusqu'à Biscarosse,
visitons les lacs, les étangs...
Nous voici à Contis Plage, village qui avait accueilli mon père à l'âge de dix sept jusqu'à à dix huit ans. Le 27 novembre 2001, nous photographons la maison des Laparade, toujours
là sur la dune. Nous avons rencontré Jeanne Lacoste qui a beaucoup connu le papa de ma cousine lorsque il était réfugié ici, tout comme mon père. Ce terrible jour de la déclaration de guerre le
1er septembre 1939 où l'ordre fut donné à tous les alsaciens d'abandonner leur maison, leur bétail, leurs animaux domestiques pour fuir si loin de chez eux abandonnant les clefs sur leur porte.
Ils ont dû partir avec quelques maigres biens. Plus de 8000 alsaciens transportés pendant trois jours épuisants échouèrent dans les Landes, assoiffés, sales et charriés dans des wagons à
bestiaux. Ils seront hébergés à Morcenx, Mézos, St Julien en Born, Mimizan et Contis Plage où ils vivront une longue année.
Le 11 décembre 2001, nous allons visiter Morcenx, jumelée avec Hégenheim, à
présent. L'arrivée de la gare est impressionnante. On revit l'Histoire de ce temps-là.
A présent, une grande belle place, où l'on joue à la pétanque est à remarquer par ses gros platanes taillés en tonnelle. Le vieux bourg de Morcenx est pittoresque. Des maisons à colombages, une
rivière, des forêts de pins en font tout son charme. C'est ainsi que je retrouve un moment du passé douloureux de mon père et où j'ai l'idée d'écrire son parcours de jeunesse, de guerre
et de rencontre avec ma mère dans le bulletin historique de son village natal. J'apprends ainsi que j'ai vécu les deux premières années de ma vie à Hégenheim. Nous patrouillons la région avec un
bonheur sans égal, Mimizan et son lac, Soustons et son lac, Léon et son lac, Hossegor et son lac...
Durant trois semaines, nous avons établi notre camp de pêche dans le port de Capbreton.
Après un temps d'observation et d'adaptation Maurice attrape 24 belles dorades délicieuses, un gros chinchard, quelques vives, des moules, des huitres, des éperlans, des
crabes...Heureux !
Nous poursuivons nos découvertes avec Bayonne, Anglet, Biarritz, Bidart, Hendaye, St Jean de Luz...superbes endroits que je garde gravés dans ma mémoire...
Maurice était parti pour une campagne de pêche...mais, nous ne savions pas encore vers quels rivages nous allions échouer !
COMMENTAIRES :
Sylvie a posté :
que de merveilleux souvenir ils vous restent de toutes ses épopées. bisous
Isabelle a posté
:
La vie ne t'as vraiment pas épargné dès ton enfance, ça fait plaisir de voir que tu as pu avec Maurice malgré tout partager de merveilleux
moments par ces superbes voyages.
C'est "amusant" les ânes en "pantalons" en Charentes Maritimes, que l'on voit sur une de tes photos, j'en parle vers la fin de mon blog justement.
Réponse de Dana
:
Cette coutume amusante servait autrefois à protéger des moustiques les ânes qui travaillaient sur l'ïle.